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lundi, 05 mai 2008

JOURNAL D'UN DÉPORTÉ - CASERNE BONET (suite) (4)

Depuis quelques jours, il y a des travaux à la caserne; nous voyons des maçons murer jusqu'à mi-hauteur les fenêtres du 1er étage et y sceller des barreaux. Le bruit court qu'il va y avoir des arrestations en masse....

En fait, le 13 novembre, après la promenade....nous montons au premier et on nous enferme dans une chambre où il y a 9 lits à deux étages, 3 fenêtre, 1 poêle, 1 table, 3 armoires de bois blanc. .....

Le changement de domicile a bouleversé heureusement nos habitudes...... La vie va s'organiser petit à petit dans ces nouveaux locaux où nous sommes beaucoup plus sainement installés et où nous sommes en groupe.....

Dans la chambre du fond où j’habite, je me trouve avec Robbes et Guggen, Lebossé et Maigné, Huet et Goupil, Vigneron. Dans la petite pièce à côté s’entassent une partie des femmes : Mme Chauvière, Denise Degen, Odette Y…, Mme Soulier, Adèle Lecoq, etc…

La petite chambre sera longtemps occupée par le Dr Galliot et sa belle-fille. Enfin, la troisième pièce, inhabitée pendant plusieurs semaines, recevra beaucoup de Domfrontais : Alasseur, Levée, Borsa, etc, et l’équipe : Granger, Morin, Micard, Lefèvre.

Une des premières choses à faire est de rétablir les liaisons: intérieures et extérieures... Assez vite s'établissent des circuits. La chambre d'Aubin a vue sur la cour d'entrée et sur la 2ème cour...elle jouera le rôle de standard. D'un côté elle communique avec la chambre des femmes: des coups dans la porte et par les 2 fenêtres voisines on correspond; la chambre des femmes est en liaison, par un trou dans le plancher, à mon ancienne cellule.....

Vers l'autre extrémité du bâtiment, la chambre d'Aubin commande plusieurs circuits; l'un avec la chambre des hommes : appel par la fenêtre...; l'autre encore par la fenêtre où la chambre des femmes reproduit une disposition analogue à la précédente. Plus tard, la liaison s'améliorera par un trou dans le mur entre les 2 chambres d'hommes. Enfin ma chambre se met en rapport par la croisée avec les hommes : une tache de soleil à l'aide d'une glace ou les premières notes de "Auprès de ma blonde" servent d'appel. On peut dire que nos relations intérieures fonctionnèrent très bien, malgré leur simplicité.

Les relations extérieures.... n'eurent pas un caractère continu dans les premiers jours.... Un bon petit maçon vint tirer les joints de briquetages qui muraient nos fenêtres. Il y mit fort longtemps. Il emporta des courriers importants et rapporta à certains d'entre nous beaucoup d'objets précieux, des couteaux, une carte d'Europe par exemple.... Le brave type qui chauffait les douches fut aussi un précieux auxiliaire... Enfin, habitait, à l'intérieur même de la caserne, ...Dupeu, ancien sous-officier. Il nous fit des communications très importantes et secrètes, du plus haut intérêt.....

Mais ce qui assura d'une façon quasi permanente nos liaisons extérieures fut l'embauche de plusieurs de nos camarades à la feld-gendarmerie.... Le matin, ils partaient avec des commissions, des lettres, et, le soir, ils rapportaient des tuyaux oraux, parfois des plis, voire de petits paquets....

Il y avait Marie. Elle assura constamment la liaison avec nos familles, faisant passer lettres et nouvelles, apportant de petits colis pour nous. Ils apportaient aussi les nouvelles de la guerre, entendues de Marie ou à la T.S .F., lues dans un journal au fond de la cave où ils cassaient du bois….

Nous avions lu le livre de Barjavel « Radio 300 » ; ce fut ce vocable que nous adoptâmes. Dès que la porte était fermée et les bruits de bottes en bas de l’escalier, je faisais le « speaker ». « Silence… ici « Radio 300 »….Et les commentaires allaient ensuite bon train… Dans le courant de l’hiver s’établit aussi une liaison hebdomadaire : les coiffeurs de la ville vinrent à tour de rôle nous faire des beautés. … En se faisant raser, chacun de nous recevait des nouvelles par bribes de phrases….
D’autres ruses nous permettaient aussi d’avoir des renseignements sur la marche des événements. A la promenade nous apercevions nos femmes ou des parents dans la rue. Il y avait des codes ! Marthe Aubin arborait tel ou tel vêtement suivant la valeur des nouvelles….


Dans la matinée aussi, on fait le lavage du linge. Grisard – qui a reçu une de ces borsses en chiendent ! – frotte avec ardeur son linge et même le nôtre… Bernard Grisard, petit, actif, vite surnommé « le gamin », a orgaénisé les lieux dès les premiers jours ; il habite le lit au-dessous du mien. Installation impeccable : des clous pour pendre les vêtements, une ficelle tendue pour faire sécher la serviette de toilette…

Sous prétexte que j’ai six enfants, c’est moi qui, à table, donne la ration à chacun, opération qui sera délicate quand nous n’aurons plus que des portions infimes par personne !...

Nous organiserons à plusieurs reprises des soirées récréatives ; chacun y va de sa chanson ou de sa déclamation. L’orchestre se composera d’un harmonica et de papiers à cigarettes entre les dents d’un peigne. Le répertoire est aussi varié que choisi….Maigné a un talent de chanteur…il assure aussi les intermèdes musicaux. Guguen, pour sa belle voix, sera bissé et trissé dans « Je t’ai donné mon cœur » ou « Manuella »…Il faut citer aussi, dans les fidèles du tour de chant, Bernard Chartrain – coiffeur mué en agriculteur – dont le répertoire n’est pas toujours choisi, mais qui anime la chambrée avec sa « Nénette »….

Le grand animateur de ces soirées artistiques fut notre cher Darchy. Il avait une fougue endiablée. Il connaissait toutes les chansons possibles et imaginables…. C’est cet homme qui mettait tant d’entrain à tout ce qu’il faisait, qui savait servir en chantant, qui mettra tant de calme et de froid courage à « ne pas parler jusqu’à la mort…

Quand c’est l’heure du coucher on regagne sa paillasse… Un soir, au moment de faire le rétablissement qui m’amènera dans ma couchette au premier étage, je déclare pompeusement que « je me retire dans mes appartements ». Mais en y arrvant, rac ! voilà le fond du lit qui dégringole et au milieu du bruit des planches qui tombent on voit, paraît-il, deux longues jambes qui battent l’air et une face ahurie qui émerge. J’ai eu beaucoup de succès et on m’a parlé pendant plusieurs mois de ma chute… Que voulez-vous, en prison, on n’a pas grand chose pour se distraire !...

Assez souvent, l’arrivée de nouveaux coupait le sommeil ; les « Visiteurs du soir ». Après Noël, les Panzer amènent de nuit dans la chambre d’Aubin deux nouveaux : chapeau mou, gabardine….. Aubin avise l’un d’eux et dit : « Mais je connais cette tête-là ! » Lochon lui répond : « On dirait le sous-préfet de Mortagne. » C’est bien le sous-préfet ; il faisait visiter à un de ses amis les édifices de Mortagne, où logeait une nouvelle unité allemande. On les a pris pour des espions et on les met à l’ombre…. Oh, pas pour longtemps, ils sont libérés avec excuses au petit matin.

Commentaires

Je lis cela avec beaucoup d'intérêt bien que j'en ai beaucoup de ces livres mais tous n'ont pas le même angle de vue ainsi on apprend tant de choses.
Bonne journée
Biche
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J'essaie de faire un résumé du bouquin qui est bien sûr beaucoup plus riche que ce que je peux en tirer..
C'est une époque que je n'ai pas connu, puisque né en 1944, mais c'est intéressant de voir ce que nos parents ont vécu. Mon père a été fait prisonnier,mais a été déporté en Autricche, d'où il a pu s'évader et réussir son évasion.
Amitiés
Jean-Louis

Ecrit par : Biche | mercredi, 07 mai 2008

Bonjour Jean Louis

Je vois que tu as été toi aussi occupé. Et que le premier mai est une date bien particulière pour votre famille. J’ai vu partir un gentil beau-frère en pleine forme en 8 jours avec la même maladie. Cela tombe comme un coup de massue sur la famille qui n’arrive pas à réaliser. Même si le temps adoucit les peines, les dates anniversaires restent sombres.

J’aurai, je l’espère, le livre de Joseph Onfray entre les mains en septembre. Pour le moment, je suis indisponible pour le blog jusqu’à fin juin, avec une ou deux possibilités de venir vous saluer d’ici là.

Reçois toutes mes amitiés.

Le grillon baladeur
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Je te souhaite de belles aventures jusqu'à l'été. Cette année, j'ai une petit virée à Gorizia près de Venise pour un concours international de chant choral auquel notre ensmeble doit participer.
Amitiés
Jean-Louis

Ecrit par : christian | jeudi, 08 mai 2008

Je lis toujours bien sûr avec beaucoup d'intérêt et d'autant plus qu'il s'agit de la région de mon enfance au plus près.

Bon week-end Jean-Louis. Bises. Monique
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Suis en vadrouille chez un de mes enfants pour garder 2 petits-fils... Il faut bien assumer le rôle des grands parents... pendant que les parents se baladent dans l'ouest américain.
Bises
Jean-Louis

Ecrit par : monique | vendredi, 09 mai 2008

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