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vendredi, 18 avril 2008

JOURNAL D'UN DÉPORTÉ - CASERNE BONET (suite) (3)

Je poursuis le résumé du livre de Joseph Onfray par le récit qu'il fait d'une journée type à la prison, lorsqu'il était à la caserne Bonet.

Le dessin qu'il a fait de cette caserne...

medium_caserne_bonet.jpg

Une journée à LA PRISON

Les jours qui suivirent furent assez uniformes. Le matin, vidange des tinettes, puis toilette au lavoir où l'on retrouve de bons copains et où l'on échange quelques mots. Au retour, café, ration de pain, très faible, pour la journée.

Puis, attente toute la matinée dans nos humides et sombres cellules; au début surtout, les minutes sont longues... 
Et il y a les alertes : bruits de bottes qui se rapprochent... Est-ce pour moi?...

Le mieux est de s'en remettre au Ciel... Ma femme m'a envoyé "L'Imitation de Jésus-Christ". Et je prends l'habitude d'en lire un chapitre le matin et la réflexion le soir. Je serai fidèle à cette règle pendant ma captivité en prison....

Nous entendons sonner les églises de la ville: il faut prêter l'oreille, mais c'est un plaisir de penser que l'angélus qui tinte à Notre-Dame ramène les enfants à la maison....

Nous apprenons à connaître les feldgendarmes: Herbert, un grand pâle à casquette plate, dont il faut se méfier; par contre Otto est un brave type....

Des femmes françaises distribuent la soupe...On la mange écuelle sur les genoux, lentement pour que dure plus longtemps la satisfaction du maigre repas et pour passer le temps.....lentement on mastique le pain de prisonnier et grignote un bout de sucre....

15 heures approchent...La porte du poste s'ouvre...bruits de bottes...clés qui grincent et nous sortons. Moment capital, il faut se débrouiller pour entrer dans la file de prisonniers déjà en mouvement et se glisser devant ou derrière l'ami que l'on veut voir; pour moi, le plus souvent, à côté d'Aubin.

Et on tourne, on tourne sous l'œil des Schleus postés aux issues de la cour.

Quand on passe devant la grille, on jette un coup d'œil dans la rue, car bientôt nos femmes sauront qu'à 15 heures nous sortons, et elles passent devant la porte ou essayent d'y stationner malgré les Boches qui tirent des coups de feu en l'air, chassent ces visiteuses en hurlant...."Matame patir, weg ! weg !".

Nos familles et nos amis essayent aussi de se dissimuler dans la cave d'une maison de vins située en face... Pendant 6 mois, ce sera notre espoir quotidien d'apercevoir quelqu'un de chez nous...

C'est évidemment à la promenade que l'on échange les nouvelles: nouvelles sur la guerre, nouvelles sur "nos affaires", nouvelles sur la prison.

Mais les "los, los" se font entendre, nous devons réintégrer les cellules: c'est fini jusqu'à demain. C'est bien noir une cellule, quand on vient de la lumière, et c'est bien humide ! On se rassied sur le lit et, enroulé dans la couverture, on recommence à réfléchir, à prier, à méditer....

En général, dans la soirée, perchés sur les lits et le nez au barreau, nous faisons conversation avec les voisins. Chacun parle de "son affaire" et ....chacun a forgé son petit roman, celui qu'il raconte à la Gestapo, et il le réédite à tous les autres, car il y a des mouchards, des "moutons", et tout se sait au dehors...

Arrive la soupe du soir, vers 18 heures; même cérémonial qu'à midi, même "tambouille".

Puis la soirée commence, le moindre incident est une distraction...Robbes nous raconte comment il a descellé un barreau pour s'enfuir, comment il a été vendu par son compagnon de cellule et la raclée magistrale qu' Hildebrandt et consorts lui ont infligée.....

Voilà une journée de taule achevée, on peut ajouter un cran à son tableau de détention...

Cette esquisse générale de nos journées ne peut refléter l'angoisse et l'inquiétude dans laquelle nous vivons...

Commentaires

Aujourd'hui nous avons à peu près le même sujet. Ce sont des moments où ces hommes et ces femmes ont rencontré le pire et le meilleur de l'humain.
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nous ne savons pas notre bonheur d'avoir échappé personnellement à tout ça.
Jean-Louis

Ecrit par : Biche | vendredi, 18 avril 2008

l'angoisse...la vivre est autre chose!
amitiés
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celle de la prison et de la guerre, je ne l'ai pas connu, puisque je suis né à la fin de la guerre, mais nos aînés l'ont subie...
Amitiés
Jean-Louis

Ecrit par : henri | vendredi, 18 avril 2008

Texte très émouvant et bon dessin. Je suis passée chez Anne Marie où j'ai trouvé ton adresse. Mais je crois être passée une fois il y a quelques temps peut-être sans laisser de message.
bon samedi
Charline
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Hello, Charline, c'est difficile de trouver les nouveaux arrivants sur NT, avec leurs listes débiles, qui n'en sont pas.
Je vais essayer de te rajouter sr mes listes personnelles.
Amicalement
Jean-Louis

Ecrit par : Charline | samedi, 19 avril 2008

Nous vivions à Sées pendant cette période. J'ai entendu parler ma famille de Mr Thual - et sans doute d'autres noms dont je ne me souviens pas -

Je n'ose plus remuer ces souvenirs chez mon père qui a 94 ans mais ce nom de Thual est resté dans ma mémoire comme synonyme de ce qu'il avait subi lui et tant d'autres : d'épouvantables tortures.

C'est très émouvant de lire ce texte. Merci à toi Jean-Louis. Bises. Monique
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Pour moi qui n'ai pas connu tous ces faits et les horreurs de la guerre, je reconnais aussi que c'est un sujet difficile à aborder avec les anciens. Mon père qui a été prisonnier en Autriche et qui s'est évadé ne m'a raconté son évasion que très récemment, il n'aimait pas trop en parler...
Bises
Jean-Louis

Ecrit par : monique | samedi, 19 avril 2008

Très très touchant. Dessin ou écriture, c'est vraiment prenant de retrouver ces témoignages d'un proche. Surtout sur cette période, ô combien troublée !

Je me balade chez toi, j'ai quelque retard...

Bises et bon dimanche Jean-Louis !
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En ce moment, j'ai aussi les petits enfants en vacances à la maison pour la semaine et j'ai bien du mal à musarder sur les blogs. On verra ça la semaine d'après
Bises
Jean-Louis

Ecrit par : gazelle | dimanche, 20 avril 2008

bonjour
un petit coucou en passant bonne soirée et bonne semaine
à bientôt
bernadette
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Semaine à garder deux de mes petits enfants, donc pas beaucoup de temps pour parcourir les blogs.
Bises
Jean-Louis

Ecrit par : bernadette | dimanche, 20 avril 2008

J'ai du retard . .aujourd'hui seulement ,mon père ,90ans, arrive à nous parler de toute cette époque
Dur
Bises
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Le mien aussi va avoir 90 ans dans 15 jours, et il a été prisonnier en Autriche pendant la guerre. Il nous a raconté son évasion du Tyrol par la Suisse et son retour à Lyon...
Bises
Jean-Louis

Ecrit par : Marie | jeudi, 24 avril 2008

j'ai vu le nom de Thual gendarme à Sées c'est une personne que j'ai connue. Mon père était gendarme dans cette brigade et heureusement pour lui il était en permission quand a eu lieu la rafle. A l'époque j'avais 4 ans mais les noms des autres gendarmes me sont connus Thual, Daniel , Collet et un quatrième??? . Sur la plaque de la Rue de l'ancienne gendarmerie (derière la mairie) aurait pu figurer aussi le nom de mon père
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c'était une époque bien difficile pour tous ceux qui l'ont vécu et qui ont fait de la résistance....
Cordialement
Jean-Louis

Ecrit par : lars | mercredi, 30 avril 2008

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